La comptabilité générale dit si l'entreprise gagne de l'argent dans son ensemble. Elle ne dit pas quelle activité, quel magasin, quel produit ou quel client fait ce résultat. C'est le rôle de la comptabilité analytique, aussi appelée comptabilité de gestion. Ce guide explique en quoi elle diffère de la comptabilité obligatoire, les méthodes de calcul des coûts adaptées à une PME, et comment la mettre en place pas à pas, avec des exemples chiffrés en dirhams.
Comptabilité générale et comptabilité analytique
Au Maroc, tout commerçant doit tenir une comptabilité conforme à la loi 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants et au Code général de normalisation comptable (CGNC) de 1992. Elle aboutit aux états de synthèse : bilan, compte de produits et charges (CPC), état des soldes de gestion, tableau de financement et état des informations complémentaires, présentés dans le guide de l'AMMC sur les états comptables et financiers.
L'article 145 du Code général des impôts impose aussi de tenir cette comptabilité sous format électronique. La loi de finances 2026 a supprimé le renvoi à un texte d'application, comme l'explique la note circulaire n° 737 de la DGI. Les documents comptables se conservent dix ans (article 211).
| Comptabilité générale | Comptabilité analytique | |
|---|---|---|
| Caractère | Obligatoire | Facultative |
| Destinataires | Administration fiscale, banques, associés | Dirigeant et responsables internes |
| Classement des charges | Par nature : achats, personnel, loyers, impôts… | Par destination : produit, activité, site, client, projet |
| Règles | Fixées par le CGNC | Choisies par l'entreprise |
| Rythme | Clôture annuelle | Mensuel ou trimestriel, selon le besoin |
| Question traitée | Quel est le résultat de l'entreprise ? | D'où vient ce résultat ? |
Les deux se complètent : l'analytique repart des charges et produits de la comptabilité générale et les reclasse. Le total des résultats analytiques doit retomber sur le résultat comptable, aux écarts de traitement près.
Quand une PME en a-t-elle besoin ?
- Plusieurs activités : vente au détail, vente en gros et prestations d'installation, par exemple. Sans analytique, une activité rentable peut en financer une autre sans qu'on le sache.
- Plusieurs sites : magasins, dépôts ou agences dont il faut savoir s'ils contribuent tous au résultat.
- Travail par projet ou par chantier : BTP, ingénierie, conseil, où chaque affaire doit être rentable et où les devis suivants doivent tenir compte des écarts constatés.
- Prix à fixer ou à défendre : sans coût de revient, impossible de savoir jusqu'où descendre face à une demande de remise.
Le vocabulaire de base
| Terme | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Charge directe | Affectable sans calcul à un objet de coût | Achat des marchandises vendues, salaire du vendeur d'un magasin |
| Charge indirecte | Commune à plusieurs objets, à répartir | Direction, comptabilité, loyer du siège |
| Charge variable | Évolue avec le volume vendu | Achats, commissions, emballages, transport |
| Charge fixe | Stable à court terme quel que soit le volume | Loyer, salaires administratifs, assurances |
| Centre d'analyse | Unité où l'on regroupe des charges | Atelier, magasin, service administratif |
| Clé de répartition | Critère de partage d'une charge indirecte | Surface, effectif, chiffre d'affaires, heures |
| Marge sur coût variable | Chiffre d'affaires HT − charges variables | Ce qui reste pour couvrir les charges fixes |
| Coût de revient | Ensemble des coûts d'un produit jusqu'à sa vente | Achat + approche + quote-part des frais |
Les méthodes de calcul des coûts
| Méthode | Principe | Pour qui |
|---|---|---|
| Coûts directs (marge directe) | On n'affecte que les charges directes ; les charges communes restent au niveau de l'entreprise | Démarrage, PME multi-activités ou multi-sites |
| Coûts variables | On calcule la marge sur coût variable par produit, puis le seuil de rentabilité | Décisions de prix, de volume, de promotion |
| Coûts complets | Toutes les charges sont réparties, via des centres d'analyse et des clés | Calcul du coût de revient, devis, appels d'offres |
| Coûts par activités (ABC) | Les charges indirectes sont réparties selon les tâches consommées : commandes traitées, livraisons, réglages | Structures avec beaucoup de charges indirectes |
Pour une PME, la méthode des coûts directs est la plus sûre pour commencer : elle ne dépend d'aucune clé de répartition discutable. La méthode des coûts complets vient ensuite, quand il faut chiffrer un prix de revient.
Exemple : résultat par activité
Une société de matériaux de construction réalise 5 000 000 DH HT de chiffre d'affaires et 400 000 DH de résultat. Elle a trois activités.
| En DH HT | Détail | Gros | Installation | Total |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 2 000 000 | 2 250 000 | 750 000 | 5 000 000 |
| Coût d'achat des ventes ou matériel posé | 1 400 000 | 1 755 000 | 300 000 | 3 455 000 |
| Autres charges directes (personnel, loyer du magasin, transport, véhicule) | 330 000 | 120 000 | 420 000 | 870 000 |
| Marge directe | 270 000 | 375 000 | 30 000 | 675 000 |
| Charges communes réparties au prorata du CA (40 %, 45 %, 15 %) | 110 000 | 123 750 | 41 250 | 275 000 |
| Résultat analytique | 160 000 | 251 250 | −11 250 | 400 000 |
Deux lectures sont possibles :
- Après répartition, l'installation paraît déficitaire de 11 250 DH.
- Mais sa marge directe est positive (30 000 DH). Si l'entreprise arrêtait cette activité sans réduire ses charges communes, son résultat baisserait de 30 000 DH, à 370 000 DH.
La bonne décision n'est donc pas d'arrêter, mais d'améliorer la marge de l'installation (prix des prestations, temps passé par chantier) ou de réduire les charges communes. Notez aussi que le résultat de chaque activité dépend de la clé choisie : répartir les charges communes au temps de direction consacré à chaque activité donnerait d'autres chiffres. C'est pourquoi la marge directe est l'indicateur le plus fiable.
Calculer un coût de revient
Pour une entreprise commerciale
- Prix d'achat HT
- + frais d'approche (transport, droits de douane, manutention) = coût d'achat
- + quote-part des frais de stockage (entrepôt, assurance du stock)
- + quote-part des frais commerciaux (commerciaux, livraison, commissions)
- + quote-part des frais administratifs = coût de revient
L'application pas à pas, avec le passage au prix de vente, est détaillée dans notre guide pour calculer ses marges et fixer ses prix.
Pour une entreprise de production
Exemple d'une conserverie, en dirhams par kilo de produit fini :
| Élément | DH par kg |
|---|---|
| Poisson frais | 12,00 |
| Huile et sel | 2,00 |
| Boîtes et emballages | 3,00 |
| Main-d'œuvre directe de l'atelier | 4,00 |
| Énergie directe (vapeur, froid) | 1,50 |
| Coût de production direct | 22,50 |
| Charges indirectes de l'usine (entretien, amortissement des machines) | 2,00 |
| Frais commerciaux et administratifs | 1,50 |
| Coût de revient | 26,00 |
| Prix de vente HT | 32,00 |
| Résultat analytique | 6,00 (18,75 % du prix) |
Avec ces chiffres, l'entreprise sait qu'elle peut descendre jusqu'à 26 DH le kilo sans perte, et que tout prix inférieur à 22,50 DH ne couvre même pas les coûts directs.
Rentabilité par client
Le chiffre d'affaires d'un client ne dit pas ce qu'il rapporte. Il faut déduire ce qu'il coûte : remises, livraisons, crédit accordé, réclamations. Exemple d'un grossiste, avec un taux de marge brute de 15 % sur le chiffre d'affaires avant remise et un coût de financement estimé à 10,8 % par an :
| En DH par an | Client A | Client B |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires HT avant remise | 200 000 | 250 000 |
| Marge brute (15 %) | 30 000 | 37 500 |
| Remises accordées | −4 000 (2 %) | −12 500 (5 %) |
| Livraisons | −2 400 (deux par mois, proche) | −8 400 (chaque semaine, éloigné) |
| Coût du crédit : CA × 10,8 % × délai ÷ 360 | −1 800 (30 jours) | −6 750 (90 jours) |
| Traitement des réclamations | 0 | −3 000 |
| Marge nette du client | 21 800 (10,9 %) | 6 850 (2,7 %) |
Le client B réalise 25 % de chiffre d'affaires de plus que A, mais il rapporte trois fois moins. La discussion avec lui porte sur la fréquence de livraison, la grille de remises et le délai de paiement, qui ne peut de toute façon pas dépasser les limites légales (voir notre guide de la trésorerie des PME et celui sur le recouvrement des créances).
Mettre en place l'analytique en six étapes
- Choisir un ou deux axes d'analyse. En général l'activité (ou la famille de produits) et le site. Évitez d'en ouvrir davantage au départ.
- Codifier. Attribuez un code à chaque section (par exemple GROS-CASA, DET-RABAT) et utilisez-le partout : factures de vente, achats, notes de frais, paie.
- Affecter les charges directes. Achats, personnel dédié, loyer d'un magasin, véhicule d'une équipe : ce sont les plus simples et souvent l'essentiel des charges d'une PME commerciale.
- Définir les clés des charges indirectes. Une clé simple par type de charge (surface pour les loyers communs, effectif pour les frais de personnel administratif, chiffre d'affaires pour la direction), écrite et appliquée de la même façon chaque mois.
- Produire un premier tableau mensuel : chiffre d'affaires, coût des ventes, marge directe, charges réparties et résultat par section. Il sera imparfait le premier mois.
- Rapprocher et affiner. Vérifiez chaque trimestre que le total retombe sur le résultat comptable, corrigez les affectations et ajustez les clés si une activité change de poids.
Le tableau de bord analytique
Chaque mois, présentez par section :
- le chiffre d'affaires HT et son évolution par rapport à l'année précédente ;
- le coût des ventes et le taux de marge brute ;
- la marge directe, en DH et en pourcentage du chiffre d'affaires ;
- les charges communes réparties et le résultat analytique ;
- l'écart avec le budget de la section.
Ce tableau sert aussi à construire le budget de l'année suivante, activité par activité, et à présenter à votre banque un dossier qui montre d'où vient la rentabilité. Pour les indicateurs commerciaux qui l'accompagnent, voir nos articles sur les KPI commerciaux et les rapports de gestion.
Avec Axios
Axios est un logiciel de gestion commerciale, pas un logiciel de comptabilité : il ne gère pas de codes analytiques. Il fournit en revanche des données utiles à l'analyse par site. Chaque point de vente a son stock, sa caisse et ses documents, les produits sont classés par catégorie dans le catalogue, et les rapports donnent les ventes et les achats mois par mois ainsi que les meilleurs clients et produits.
Questions fréquentes
La comptabilité analytique est-elle obligatoire au Maroc ?
Non. Seule la comptabilité générale, tenue selon la loi 9-88 et le CGNC, est obligatoire. La comptabilité analytique est un outil de gestion interne, libre dans sa forme.
Quelle différence entre charge directe et charge indirecte ?
Une charge directe s'affecte sans calcul à un produit, une activité ou un site, comme le salaire d'un vendeur dédié. Une charge indirecte est commune à plusieurs objets et doit être répartie avec une clé, comme le loyer du siège.
Faut-il arrêter une activité qui ressort déficitaire ?
Pas forcément. Si sa marge directe est positive, elle contribue à couvrir les charges communes. L'arrêter ne fait gagner de l'argent que si les charges qui disparaissent dépassent la marge perdue.
Quelle clé de répartition choisir ?
Celle qui reflète le mieux ce qui fait varier la charge : surface pour un loyer, effectif pour les frais administratifs, temps passé pour la direction. À défaut, le chiffre d'affaires est simple à appliquer, mais il pénalise les activités qui vendent beaucoup avec peu de moyens.
Peut-on faire de la comptabilité analytique avec un tableur ?
Oui, pour une PME avec deux ou trois sections. Il suffit d'extraire chaque mois les ventes, les achats et les charges par section, de les affecter selon vos codes et de vérifier que le total correspond au résultat comptable.
Quelle est la différence entre coût de revient et prix de revient ?
Les deux expressions désignent dans la pratique la même chose : l'ensemble des coûts supportés pour un produit ou un service jusqu'à sa vente. Ce montant sert de plancher pour fixer le prix de vente.
Sources officielles
- Code général des impôts 2026 (DGI) : articles 145 et 211
- Note circulaire n° 737 relative aux mesures fiscales de la loi de finances 2026 (DGI)
- Comprendre les états comptables et financiers (AMMC)
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